Par l'Agence de presse TàG Press +41
(horlogerie, musique, Afrique)

02_Joel_G_Portrait_recentVous avez appris l'internement à la Maca de l'arrangeur Patche. Votre réaction?
JG: Je suis atterré, sans voix. Les bras m'en tombent. Un seul mot me vient à l'esprit, INJUSTE. Car enfermer quelqu'un de profondément honnête, de respectueux de la discipline, un être intègre et sensible autant que Patche, c'est clairement un abus. Ce grand artiste, ce grand bosseur, incarne à lui seul les valeurs nationales que sont Union, Discipine et Travail.

Depuis la Suisse, vous avez l'air d'être bien informé de ce qui se passe à Abidjan?
JG: Je suis natif de Daloa, on me surnomme le bété blanc même si j'ai vécu à Yamoussoukro. Une partie de mon coeur est en terre ivoirienne. De plus, en tant que journaliste et producteur, je suis de très près l'actualité à Babi.

A plus de 6'000 kilomètres de notre capitale, qu'est-ce qui vous fait penser que son déferrement à la Maca soit le fruit d'une cabale?
JG: Depuis plus de six ans maintenant, depuis le Gbonhi Yoyoyo dans lequel mon Label et moi-même nous nous sommes personnellement investis, je travaille avec celui que je considère que l'un des plus talentueux arrangeurs d'Afrique, chanteur lui-même, multi-instrumentiste, compositeur et, presque inévitablement, génial ingénieur du son. De son talent sont sorties des centaines d'heures de musique ivoirienne. La Côte d'Ivoire vient d'enfermer un monument culturel national, j'en suis bouleversé.

Votre émotion semble réelle. Mais de là où vous êtes, comment pouvez-vous être si sûr de son honnêteté?
JG: En six ans, on apprend à connaître une personne. Avec tous les visas que Patche a dans son passeport, en pensant à tous ceux qui en Suisse, en Europe ou dans d'autres pays d'Afrique suivent son travail et ont été touchés par son humilité, ceux qui savent qu'en pleine crise, alors qu'il venait d'obtenir un visa de plus, il renonçait à se déplacer pour rester auprès de sa famille… Je promets qu'un grand mouvement de solidarité va se mettre en place. Je peux vous assurer que j'ai suivi de près son combat pour lever des fonds pour son studio d'enregistrement. On l'accuse de faux? C'est un non-sens. Pourquoi se serait-il donné tant de mal, de travail et d'abnégation s'il lui suffisait de faire des faux?

Qu'auriez-vous envie de dire à ceux qui l'ont traîné en justice?
JG: Je leur dirais «Ecoutez sa musique, laissez-vous toucher par ses mots, sa positivité. Retrouvez votre paix intérieure, retirez votre plainte. Vous voulez lui prendre ce qui lui revient, sachez que vous ne parviendrez jamais à lui voler son talent.» Et quand je pense à sa famille, aux artistes et à tous ceux qui comptent sur lui, je leur dis encore «Vous n'aviez pas le droit, ce que vous venez de faire est une atteinte à la culture de votre pays

Finalement, hormis l'amitié que vous portez à Patche, vos affaires sont-elles touchées par ce qui lui arrive?
JG: Quand je pense qu'il dort à la Maca et que je dors dans un lit. Quand je pense au regard de son petit enfant, je trouve presque indécent de parler business. Mais puisque vous m'en donnez l'occasion, je vous réponds oui. Il m'est impossible de rester les bras croisés. Car si je ne tente pas de mettre en route la justice, ce sont les gens qui m'ont fait confiance qui pourraient se retourner contre moi. Je n'ai donc d'autre choix que de saisir mes avocats. Ils sont en train d'étudier les mesures à prendre.

En quoi des avocats suisses pourraient-ils être concernés par cette affaire ivoirienne?
JG: Certains droits et législations sont internationaux. Comme ceux qui se rapportent à la propriété intellectuelle. C'est très simple à comprendre. On peut voler des machines, des équipements. Mais lorsque ces équipements contiennent des données intimes ou commerciales qui sont directement liées à des personnes - auteurs, compositeurs, arrangeurs, musiciens - ou à des sociétés éditrices comme la mienne, Projo-Org, les voleurs s’attaquent sans le savoir à des valeurs qui les dépassent. La notion de préjudice devient universelle. Elle est facile à démontrer. Elle pourrait coûter très très cher aux auteurs du vol!

Quels messages envoyez-vous depuis la Suisse?
JG: D'abord je dis à Patche «Courage, tiens bon, on est ensemble!» Ensuite, j'ai confiance en la Justice de la Côte d'Ivoire. Patche, dans le différent qui l'opposait à son ancien employeur, avait été blanchi. Il aurait pu porter plainte, c’est un homme de paix, il ne l’a pas fait. Or la décision de Justice en sa faveur n'a pas été suivie d'effet. Pire, ceux qui auraient du s'y conformer se sont entêtés. Il est vital pour l'image de la Côte d'Ivoire de montrer au monde que même si on peut «taper très haut», que même si l'on est un Gbohni important, on n'a pas le droit de mettre un innocent en prison.

Lire l'article de Urbanpress du jeudi 18 juillet 2013.
Comprendre les dessous de l'affaire Patche sur Urbanpress