Par Joël A. Grandjean - Rédacteur en Chef JSH - Journal Suisse de l'Horlogerie.
Pour Heure Suisse n° 102.

Vign_Poudre_Magique"Les nuisibles se rhabillent, avec pour seule sanction, le face à face avec leur incompétence. Les vrais de vrai paient les pots cassés."


Avis aux malfaisants qui continuent de graviter dans l’univers horloger, tentant de jeter encore aux yeux post-grisés des marques, leurs poignées de poudre magique! Cette poudre se raréfie et rechigne à produire les effets escomptés. Car l’heure où l’horlogerie se pétait les bretelles à force de marges confortables, de records économico-astronomiques, d’une bonne santé insolente et d’un réservoir sans cesse renouvelé de nouveaux riches et de nouveaux acteurs, est révolue. Les yeux s’ouvrent peu à peu, les promesses non tenues, pour avoir plombé moult envols, commencent sérieusement à agacer. Les futurs ex-pigeons se réveillent. Pas joli joli, le spectacle. Ici, un auto-proclamé génial constructeur horloger, doté d’un charisme opportuniste autant qu’éphémère, promettait à son client, une marque naïve ou éblouie, un nouveau calibre inspiré. Un de ces moteurs dont la conception même, innovante et inédite, ferait couler l’encre des magazines spécialisés et au passage, participerait à sa quête d’indépendance, côté mouvements. Avec brio, ce brumisateur de rêves, parvenait à humecter régulièrement les cordes sensibles de son client, encaissant quelques rallonges garnies, selon la célèbre technique du saucissonnage: «Pour ne pas tout perdre, il faut verser encore…». Comme si un chercheur incapable ne cessait de convaincre son mécène de l’imminence d’une découverte. Comme si un garagiste se disant préparateur de bolides, ouvrait avec condescendance le capot d’un véhicule plutôt commun, ayant tout de même le mérite d’exister, et promettait à son propriétaire la greffe d’un moteur de formule 1. Vous savez, ce genre de moteurs inadaptés aux usages normaux, dont la durée de vie ne dépasse pas les deux heures intenses d’un circuit, avant de revenir à l’écurie pour être entièrement démonté et refait. Heureusement, cette foutue crise est venue tout gâcher: le client, échaudé, s’embarque dans des vérifications dont il n’aurait jamais du faire l’économie. Il élague les faux intermédiaires, s’en remet enfin à des experts qui seront formels: tout au plus, un proto fonctionnerait, mais en tous les cas jamais une production de plusieurs centaines de pièces. Le dossier, alors soutiré des mains du marchand de rêve, atterrit sur l’établi du spécialiste. Qui acceptera, sous la pression économique, de bosser pour des clopinettes, ne serait-ce que pour maintenir en vie son outil de production. Ouf, au bout de chemin, le résultat! Tandis que les nuisibles se rhabillent, avec pour seule sanction le face-à-face avec leur incompétence devenue notoire, les vrais de vrai, s’ils ont survécu aux efforts et aux faillites, paient les pots cassés. Au prix fort, dégoûtés et déboutés d’une branche qui se remet enfin de ses excès.


Cover du Heure Suisse n° 102.

Chronique à télécharger, page 64.